Milena H

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En ce 8 mars 2018, on m’a dit que c’était la journée de la femme (c’est moi ! C’est donc ma journée, même si cette journée je ne vois pas pourquoi elle doit être la mienne. Ce qui me fait femme, pas femme, pourquoi les femmes ont une journée ? Ah non c’est les droits des femme. Ah oui en 2018 ? Pour se rappeler qu’elles existent ? Oui je sais, c’est plus compliqué que ça… Que d’interrogations !), et j’écris mon « récit autobiographique ». Concours oblige, la Fémis est dans deux jours. C’est un exercice fastidieux. Je ne sais pas trop quoi dire de moi. Je le fais, mais seulement parce que je suis obligée. Et puis 22 ans c’est sûrement trop jeune pour dire véritablement qui on est, ou ce qu’on pense être.

 

Il faut savoir, tout d’abord, que je suis taureau. Je m’entends généralement mal avec les béliers même si je m’entendais bien avec mon père, qui était bélier. Mais, il est vrai que ça dépendait des moments. J’ai plus de mal avec les poissons, comme ma mère. Ils se faufilent, je n’arrive pas vraiment à les saisir, je les trouve trop passifs. Je ne peux pas m’empêcher de les provoquer. Voir ce qui va sortir, si quelque chose sort. 

 

Fidèle à mon identité de taureau, j’ai donc tendance à faire. J’ai aussi appris à me taire. Parce que c’était toujours trop radical, pas assez mesuré, ni modéré. On m’a tellement dit de me taire que de mes 5 à 10 ans environ je m’enfermais dans mutisme sélectif. C’est à dire que je sélectionnais les gens - toujours des adultes - à qui je refusais d’adresser la parole. Et alors je ne disais jamais rien, pendant des jours, des semaines parfois. Un peu comme le personnage de Paul Dano dans Little Miss Sunshine. J’ai donc vécu un début de scolarité observateur mais muet, ce qui inspirait soit de la pitié, soit une haine totale de la part de mes professeurs à mon égard. J’ai depuis réappris à parler. ça va mieux. Désormais je parle beaucoup. J’ai beaucoup de choses à dire. Comme si j’avais tant d’années à rattraper.

 

Récemment j’ai développé une passion pour le cinéma documentaire, alors que pendant longtemps je regardais principalement des films de fiction et des series TV. En écrivant je me rends compte que tout cela est probablement lié. J’adore ce moment décisif où parfois un documentaire bascule. Les personnages s’ouvrent, la parole se libère, la situation devient claire et alors on sent qu’on touche à quelque chose d’ineffable, d’extrêmement puissant. Un film réussit libère une vérité, qui jaillit comme une évidence. J’adore le documentaire pour ça. J’ai notamment appris à mieux regarder le cinéma à L’école des hautes études en sciences sociales (EHESS) où j’élabore actuellement un mémoire de M2 sur la voix-off, et pour lequel je réalise un court métrage sur la BPI (Bibliothèque publique d’informations, à Beaubourg). Je m’y rends tous les jours et je demande aux gens qui y vont parce qu’ils n’ont nulle part autre où aller de me raconter ce qu’ils font le mardi. Le jour de fermeture. Puis je filme ce que ces gens font le mardi, par rapport à ce qu’ils me racontent, mais aussi la BPI vide -le mardi- avec le personnel, invisible, qui y travaille.

Ce cinéma là est nécessaire, et c’est celui que j’ambitionne de faire exister dans le monde en apprenant le métier de productrice.