L'Ombre, la Main, le Nuage

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C'est tout ce qui se glisse derrière nos pas,

Ce qui nous suit, et parfois, nous épie,
Tout ce qui se cache derrière la porte,

Ce que nous ne pouvons toucher et qui s'échappe quand on se retourne,

Ce qui nous inquiète et nous rafraîchit,

Ce que nous voyons par la fenêtre les jours de pluie,

Ce qui nous protège les yeux quand le soleil nous ébloui,

Ce qui nous menace, le soir, quand on ne peut pas dormir,

Ce que l'eau rassemble quand elle s'échappe dans la nuit,

C'est ce qui reste de ceux qui déjà nous ont quitté,
C'est ce qui plane au-dessus qui bientôt, vont partir,

Ce qui a la surface ne montre rien de sa profondeur,

Ce qui s'accroche à ces souvenirs qui nous font peur,

C'est tout cela, et bien plus encore,
L'ombre.

 

 

C'est ce qui dessine chaque ligne de chaque tableau,

C'est ce qui danse devant le feu et projette de belles ombres le long des murs,

Tout ce qui est sec, ridé, nervuré,

C'est ce qui libère le geste et s'offre au mouvement,

C'est ce que l'origine a de si tendre,

Ce qui nous caresse le front,

Ce qui étend les longs cheveux ondulés d'Améthys le long de son oreiller,

C'est le bruit furtif de ces cheveux étendus,

C'est ce qui allonge le linge au soleil et le parfume avec de la lavande,

C'est ce qui cueille les pétales de certaines fleurs roses des cerisiers d'été,

C'est ce qui a un goût de sel,

C'est ce qui se déploie le long de la toile comme un pinceau,

Tout cela, et bien plus encore,
La main.

 

C'est ce qui projette une ombre sur ton front quand tu le regardes le matin dans la glace,

Ce que tu vois quand il va pleuvoir et que tu sens ta peau grise se creuser,

C'est ce qui t'isole du reste quand tu fermes les yeux, le soir, dans le vaste désordre de ta vie,

C'est là, où parfois, sur un tapis brodé d'arabesques fauves, tu rêves de t'envoler,

Tout ce qui fait que le mois de mars est si long,

Tout ce qui mine les saisons,

C'est ce que tu oublies quand tu danses avec elle en écoutant du jazz,

C'est ce qui abrite tes étés qui s'étirent,

C'est ce qui est léger et cotonneux dans ta tasse de café,

Ce que tu aimerais être quand ton corps se transformera en poussière,

C'est tout cela et bien plus encore,

Le nuage.

 

© Rosalie Calvet