Antonia

   
  
   
  
    
  
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                   Elle avait eu son histoire d'amour, comme une autre. Quand elle me la racontait, j'avais beaucoup de mal à m'imaginer comment il était, et comment elle, elle était à quinze ans. Elle avait les cheveux longs à l'époque, je crois. Toutes les filles mettaient du rouge à lèvres, sauf elle, et à travers la grille du lycée qui séparait sa cour de celle des garçons, c'est d'elle dont il était tombé amoureux. C'est vraiment curieux, mais je n'arrive pas à me rappeler de comment il s'appelait. Il est mort quand elle avait dix-huit ans, dans un accident de voiture, mais quand elle m'en parlait, elle ne semblait pas si triste. C'était la deuxième fois qu'elle perdait un homme qu'elle aimait à cause d'un accident de voiture ; son père s'était tué sur la route quand elle avait cinq ans. Pendant longtemps, j'ai pensé que c'est tous ces morts qui l'avaient rendue si dure.              Quand elle est arrivée à la maison, j'avais deux ans, et je venais d'avoir une petite sœur. Je l'ai tout de suite détestée, parce qu'elle m'obligeait à boire de l'eau sans grenadine. Maintenant, longtemps après, je me rends compte combien je l'aimais. Mes parents nous ont confiées à elle, parce qu'ils n'avaient pas le temps, pas l'envie, pas assez d'amour peut-être, pour nous aider à grandir. Elle était sévère, et quand j'étais petite je pensais qu'elle était méchante ; en fait elle était pudique. Elle nous a élevé avec la tendresse d'une mère. C'est elle qui a nourri mon enfance, je me souviens quand elle nous donnait le bain et qu'elle nous frottait très fort pour nous sécher après. Elle nous mettait de la crème tous les soirs, et je ne me rappelle pas que ma mère ne l'ait jamais fait. La seule fois où je l'ai vu pleurer, elle nous avait emmené voir le Boléro de Ravel à l'Opéra. Quand elle nous emmenait au spectacle, on était toujours en avance, ensuite ma mère venait nous chercher en voiture. A l'époque, je ne pensais pas à comment elle, elle allait rentrer, ou à s'il y avait quelqu'un qui l'attendait à la maison.              Elle est partie quand j'avais quinze ans, je n'ai pas tout de suite sentie que j'étais triste.              Aujourd'hui, je la revois assise toute seule dans la salle vide de l'Opéra, le Boléro terminé, ma sœur et moi envolées. Je revois ses traits tirés, sévères mais si tendres et sa robe noire stricte et usée. Je revois quelque chose de très lumineux qu'elle avait en elle. Je la revois se tenir droite, digne, mais emprunte d'une sorte de fatigue. Je me demande si le Boléro lui rappelait son histoire d'amour. Je repense à tout cet amour qu'elle nous a donné. Je l'aimais tellement que je ne lui ai jamais dit.     © Rosalie Calvet

 

            Elle avait eu son histoire d'amour, comme une autre. Quand elle me la racontait, j'avais beaucoup de mal à m'imaginer comment il était, et comment elle, elle était à quinze ans. Elle avait les cheveux longs à l'époque, je crois. Toutes les filles mettaient du rouge à lèvres, sauf elle, et à travers la grille du lycée qui séparait sa cour de celle des garçons, c'est d'elle dont il était tombé amoureux. C'est vraiment curieux, mais je n'arrive pas à me rappeler de comment il s'appelait. Il est mort quand elle avait dix-huit ans, dans un accident de voiture, mais quand elle m'en parlait, elle ne semblait pas si triste. C'était la deuxième fois qu'elle perdait un homme qu'elle aimait à cause d'un accident de voiture ; son père s'était tué sur la route quand elle avait cinq ans. Pendant longtemps, j'ai pensé que c'est tous ces morts qui l'avaient rendue si dure.

            Quand elle est arrivée à la maison, j'avais deux ans, et je venais d'avoir une petite sœur. Je l'ai tout de suite détestée, parce qu'elle m'obligeait à boire de l'eau sans grenadine. Maintenant, longtemps après, je me rends compte combien je l'aimais. Mes parents nous ont confiées à elle, parce qu'ils n'avaient pas le temps, pas l'envie, pas assez d'amour peut-être, pour nous aider à grandir. Elle était sévère, et quand j'étais petite je pensais qu'elle était méchante ; en fait elle était pudique. Elle nous a élevé avec la tendresse d'une mère. C'est elle qui a nourri mon enfance, je me souviens quand elle nous donnait le bain et qu'elle nous frottait très fort pour nous sécher après. Elle nous mettait de la crème tous les soirs, et je ne me rappelle pas que ma mère ne l'ait jamais fait. La seule fois où je l'ai vu pleurer, elle nous avait emmené voir le Boléro de Ravel à l'Opéra. Quand elle nous emmenait au spectacle, on était toujours en avance, ensuite ma mère venait nous chercher en voiture. A l'époque, je ne pensais pas à comment elle, elle allait rentrer, ou à s'il y avait quelqu'un qui l'attendait à la maison.

            Elle est partie quand j'avais quinze ans, je n'ai pas tout de suite sentie que j'étais triste.

            Aujourd'hui, je la revois assise toute seule dans la salle vide de l'Opéra, le Boléro terminé, ma sœur et moi envolées. Je revois ses traits tirés, sévères mais si tendres et sa robe noire stricte et usée. Je revois quelque chose de très lumineux qu'elle avait en elle. Je la revois se tenir droite, digne, mais emprunte d'une sorte de fatigue. Je me demande si le Boléro lui rappelait son histoire d'amour. Je repense à tout cet amour qu'elle nous a donné. Je l'aimais tellement que je ne lui ai jamais dit.

 

© Rosalie Calvet